On signe souvent l’état des lieux d’entrée en vitesse, pressé de poser les cartons. C’est pourtant le seul document qui protège le dépôt de garantie au moment du départ. Ce qui n’y est pas noté le jour de l’entrée est, en pratique, considéré comme absent le jour de la sortie.
Avant de commencer : la lumière et le moment
Un état des lieux fait le soir, dans une pièce mal éclairée, laisse passer des détails qui ressortiront des mois plus tard. Il vaut mieux le faire de jour, avec un smartphone chargé pour photographier chaque défaut daté, et ne jamais signer sous la pression d’un rendez-vous suivant. Rien n’oblige à tout boucler en vingt minutes : chaque ligne du document a une valeur juridique.
Les compteurs, en premier
Électricité, eau, gaz : les trois relevés doivent figurer noir sur blanc, avec la date et, si possible, une photo du cadran. C’est ce qui évite de payer la consommation du précédent occupant ou, à l’inverse, de perdre le bénéfice d’un compteur remis à zéro. Le tableau électrique mérite aussi un coup d’œil : un logement mis aux normes récentes affiche une installation conforme à la norme NF C 15-100, avec un disjoncteur différentiel et des circuits protégés ; un tableau ancien, lui, n’est pas forcément dangereux mais mérite d’être noté comme tel dans l’état des lieux.
Ce qu’on vérifie, pièce par pièce
La logique est la même partout : on ouvre, on ferme, on teste, et on écrit ce qu’on constate, même quand ça semble insignifiant. Un joint de fenêtre qui laisse un peu d’air, une poignée de placard qui tourne dans le vide, une trace au plafond : tout se note, y compris ce qui paraît trop mineur pour être signalé.
| Pièce | Ce qu’on vérifie | Ce qui se note à l’état des lieux | Ce que ça coûte de l’oublier |
|---|---|---|---|
| Entrée | Serrure, jeu de clés complet, sonnette | Nombre de clés remises, état de la porte | Frais de reproduction de clés à la charge du locataire sortant |
| Cuisine | Plaques, hotte, robinetterie, joints d’évier | Taches, traces de calcaire, fonctionnement de chaque feu | Une trace ancienne imputée au dernier occupant |
| Salle de bains | Ventilation (VMC), joints de baignoire, robinetterie | Moisissures déjà présentes, joints déjà noircis | Une moisissure préexistante facturée en fin de bail |
| Chambres | Revêtements de sol, prises électriques, peintures | Trous déjà rebouchés, décoloration des murs | Une remise en peinture non justifiée |
| Ensemble du logement | Détecteur de fumée, robinets d’arrêt d’eau et de gaz | Présence et bon fonctionnement du détecteur | Une amende ou un litige en cas d’absence non signalée |
Les robinets d’arrêt, qu’on oublie presque toujours
Chaque logement dispose d’un robinet d’arrêt général de l’eau, souvent sous l’évier de la cuisine ou près du compteur, et parfois d’un robinet de coupure du gaz. Savoir où ils se trouvent avant d’en avoir besoin change tout le jour d’une fuite : quelques secondes pour couper l’arrivée évitent un dégât des eaux qui, lui, se règle en plusieurs semaines. C’est un repère à vérifier dès l’entrée, pas à chercher paniqué le jour où un tuyau lâche.
Cave, garage, extérieurs : les annexes ne s’oublient pas
Une cave humide, un garage dont la porte ferme mal, une terrasse avec des dalles descellées : ces espaces annexes font souvent partie du bail au même titre que le logement lui-même, et pourtant on les visite en dernier, vite, sans vraiment regarder. Une ampoule qui ne s’allume pas dans la cave, une infiltration déjà visible sur un mur, un portail de garage qui grince ou qui ne ferme plus à clé : chaque défaut mérite sa ligne, avec si possible une photo, exactement comme pour une pièce à vivre. Les boîtes aux lettres et les parties communes, quand elles existent, se vérifient aussi rapidement : un digicode qui fonctionne, une porte d’immeuble qui ferme correctement, un interphone qui transmet bien le son.
Quand le rendez-vous est expédié trop vite
Il arrive qu’un bailleur ou une agence propose un état des lieux réglé en dix minutes, document déjà rempli à l’avance, à signer sans relecture. Rien n’empêche de demander plus de temps, de relire chaque ligne pièce par pièce et d’ajouter des remarques manuscrites si une case ne correspond pas à la réalité observée. Un état des lieux peut aussi être complété dans les jours qui suivent l’entrée dans les lieux pour les défauts de chauffage difficiles à constater hors saison froide, à condition de respecter le délai prévu par le contrat et de le faire par écrit, daté, envoyé aux deux parties.
Le détecteur de fumée, une obligation qui se vérifie en un geste
Tout logement loué doit être équipé d’un détecteur avertisseur autonome de fumée en état de marche. On le teste en appuyant simplement sur le bouton prévu à cet effet : un signal sonore clair confirme que la pile fonctionne. Son absence ou son mauvais état doit être noté à l’état des lieux d’entrée, sans quoi la responsabilité de l’installer, puis de l’entretenir, retombe sur l’occupant pendant toute la durée du bail.
L’aération, qu’on juge trop vite secondaire
Une VMC qui tourne, des grilles d’aération dégagées dans les pièces sèches, une fenêtre de salle de bains qui ferme correctement : ces détails pèsent sur la qualité de l’air pendant toute la durée du bail, bien plus que la couleur des murs. Un logement mal ventilé accumule l’humidité, et cette humidité laisse des traces qu’on attribuera, à tort, à l’entretien du locataire si rien n’a été noté au départ.
Le ministère chargé du logement, via service-public.fr, rappelle que l’état des lieux d’entrée doit être annexé au contrat de location et conservé par les deux parties : sans lui, aucune comparaison sérieuse n’est possible à la sortie, et le doute profite rarement à celui qui n’a rien écrit.
Une copie, gardée précieusement
Un état des lieux signé se conserve avec le bail, les photos datées et, dans l’idéal, une copie numérique envoyée par mail le jour même : cette pratique de rangement rejoint celle qu’on applique à toute démarche administrative gardée en copie datée. Le jour du départ, ce sont ces preuves, et elles seules, qui feront la différence entre un dépôt de garantie rendu en entier et une retenue contestée pendant des mois.







